Pour un Pacte climatique francophone : sortir des discours pour agir ensemble

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Du Sahel menacé par la désertification aux États insulaires du Pacifique menacés par la montée des eaux, la Francophonie est frappée très inégalement par le changement climatique. Je propose un Pacte climatique francophone à trois piliers.

Le changement climatique ne connaît pas de frontières linguistiques. Mais il frappe très inégalement les membres de notre communauté francophone : les États insulaires du Pacifique et des Caraïbes menacés par la montée des eaux, les pays du Sahel confrontés à la désertification, le bassin du Congo, deuxième poumon forestier mondial, dont la préservation concerne directement mon pays.

Face à cette réalité, je propose un Pacte climatique francophone : un cadre de coopération concret, et non une nouvelle déclaration de principes, qui organise la solidarité entre les membres de notre espace les plus vulnérables et ceux qui disposent des moyens technologiques et financiers pour agir.

Ce pacte reposerait sur trois piliers. D'abord, un mécanisme de financement climatique intra-francophone, alimenté par les États les plus contributeurs, pour appuyer des projets d'adaptation dans les pays les plus exposés, sans attendre les lenteurs des négociations climatiques mondiales.

Ensuite, un partage accéléré des technologies vertes entre pays membres : les innovations en énergie solaire décentralisée testées avec succès en Afrique de l'Ouest, les techniques de gestion durable des forêts pratiquées dans le bassin du Congo, les solutions d'agriculture résiliente développées au Maghreb, doivent circuler beaucoup plus vite au sein de notre espace qu'elles ne le font aujourd'hui.

Enfin, une voix commune dans les grandes négociations climatiques internationales. Aujourd'hui, nos États francophones parlent souvent en ordre dispersé dans ces enceintes, alors qu'une position coordonnée pèserait bien davantage, notamment sur des sujets qui nous concernent directement comme la protection des grands bassins forestiers tropicaux ou l'adaptation des littoraux.

Je ne prétends pas que la Francophonie remplacera les grandes négociations climatiques mondiales. Mais je crois qu'elle a le devoir d'être au cœur de la transition écologique globale, en démontrant qu'un espace de coopération fondé sur la langue peut aussi devenir un espace de justice environnementale entre ses membres les plus vulnérables et les plus armés pour agir.

Le bassin du Congo, deuxième poumon forestier mondial après l'Amazonie, illustre à lui seul la responsabilité particulière que porte notre espace francophone en matière climatique. Sa préservation ne concerne pas uniquement la République démocratique du Congo et les pays voisins qui en partagent le territoire : elle constitue un enjeu de régulation climatique mondiale, dont les bénéfices dépassent très largement les frontières de notre organisation, mais dont le financement repose aujourd'hui de manière disproportionnée sur les seuls pays qui l'abritent.

Je souhaite que le Pacte climatique francophone intègre un mécanisme spécifique de rémunération des services environnementaux rendus par les grands bassins forestiers tropicaux francophones, sur le modèle de dispositifs internationaux déjà expérimentés ailleurs, afin que la préservation de ces écosystèmes cesse d'être perçue comme un coût pour les pays qui les abritent et devienne au contraire une source de revenus légitime, reconnue par l'ensemble de la communauté internationale.

Ce pacte devrait également prévoir un volet spécifique pour les États insulaires francophones du Pacifique et des Caraïbes, dont l'existence même est menacée à moyen terme par la montée des eaux. Ces États, souvent de taille modeste, disposent d'une capacité de plaidoyer limitée dans les grandes négociations climatiques internationales. Une voix francophone coordonnée pourrait considérablement renforcer leur influence sur des enjeux qui engagent, pour eux, la survie même de leur territoire national.