Une fille de l'indépendance à la tête de la Francophonie : mémoire, dignité, avenir
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On me demande souvent ce que signifie, pour moi, porter le nom de Lumumba dans une candidature internationale. Je réponds toujours la même chose : ce nom n'est pas un programme. C'est une exigence.
Mon père a incarné, en quelques mois à peine, l'espoir d'une indépendance pleine et entière pour le Congo et pour l'Afrique. Il en a payé le prix le plus élevé qui soit, assassiné en janvier 1961, quelques semaines seulement après avoir accédé aux fonctions de Premier ministre.
Je n'ai pas hérité de ses combats. J'ai hérité de leur mémoire, et de la responsabilité de la faire vivre autrement qu'en la répétant.
C'est pourquoi je n'aborde pas cette candidature comme une revanche historique, ni comme un symbole figé.
Je l'aborde comme une continuité naturelle : celle d'une génération qui a grandi dans l'ombre des indépendances, qui a exercé des responsabilités ministérielles, économiques et diplomatiques — comme vice-ministre puis ministre de la Culture et de l'Information de mon pays, puis comme Secrétaire générale de l'Union africaine des Chambres de commerce à partir du Caire — et qui souhaite désormais mettre cette expérience au service d'un espace plus vaste que son seul pays.
Diriger l'Organisation internationale de la Francophonie ne consisterait pas, pour moi, à imposer une mémoire congolaise à une institution mondiale.
Ce serait, au contraire, démontrer qu'une Francophonie née en partie des décolonisations peut aujourd'hui être conduite avec la même exigence de dignité, de rigueur et de résultats que n'importe quelle autre grande organisation internationale.
La mémoire de mon père m'a appris une chose que je porte dans cette campagne : les grandes causes ne se gagnent jamais seules. Elles se gagnent par la capacité à rassembler, au-delà des générations, des frontières et des appartenances.
C'est cette capacité que je souhaite mettre, désormais, au service de notre communauté francophone tout entière.
Mon parcours professionnel, avant cette candidature, s'est construit loin des projecteurs médiatiques qui accompagnent traditionnellement les enfants de figures historiques. J'ai choisi la voie de l'administration publique, comme vice-ministre puis ministre de la Culture et de l'Information de mon pays, avant de rejoindre la diplomatie économique à travers la direction de l'Union africaine des Chambres de commerce depuis Le Caire. Ce choix délibéré de bâtir une expertise propre, plutôt que de m'appuyer uniquement sur un héritage familial, me semble aujourd'hui essentiel pour aborder cette candidature avec la légitimité que confère l'expérience autant que celle que confère la mémoire.
Je suis consciente que ce nom suscite des attentes particulières, notamment sur le continent africain, où la figure de mon père demeure associée à l'espoir d'une indépendance pleinement assumée. Je ne cherche pas à fuir cette dimension symbolique, mais je refuse qu'elle devienne le seul argument de cette candidature. C'est pourquoi chacune des tribunes que j'ai publiées au cours de cette campagne s'est attachée à détailler des propositions concrètes, vérifiables, plutôt qu'à se reposer sur la seule force d'un nom.
Je crois que la meilleure manière d'honorer une mémoire historique n'est pas de la répéter, mais de la prolonger par des actes adaptés aux défis de son époque. Le combat de mon père portait sur la souveraineté politique. Le mien, à la tête de la Francophonie si les États membres m'accordent leur confiance, portera sur la souveraineté numérique, économique et scientifique d'un espace qui rassemble aujourd'hui plus de trois cents millions de personnes.