Une Académie francophone de la paix : faire de la médiation une discipline

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La paix ne s'improvise pas, elle s'apprend. Marquée par l'histoire de ma propre famille et de nombreux autres peuples, je propose la création d'une Académie francophone de la paix, comme centre permanent de formation de médiateurs professionnels.

La paix ne s'improvise pas. Elle s'apprend, se pratique, se transmet. C'est une conviction que ma propre histoire familiale m'a enseignée avec une acuité particulière, et que je veux transformer en projet institutionnel pour l'ensemble de notre espace francophone.

Je propose la création d'une Académie francophone de la paix, conçue comme un centre permanent de formation, de recherche et de médiation, capable de faire de la Francophonie l'un des grands laboratoires mondiaux du dialogue entre les peuples et du vivre-ensemble pacifique.

Cette Académie formerait des médiateurs professionnels, issus de l'ensemble de notre espace, capables d'intervenir dans des conflits communautaires, des tensions frontalières ou des crises politiques internes, avec une expertise reconnue et une légitimité fondée sur la neutralité de notre organisation plutôt que sur les intérêts particuliers d'un État.


Elle développerait également une recherche appliquée sur les mécanismes de sortie de crise, en s'appuyant sur l'expérience considérable accumulée par nos États membres, dont beaucoup ont traversé, avec plus ou moins de succès, des processus de réconciliation nationale dont les leçons méritent d'être capitalisées plutôt que dispersées.

Je pense à ce que la République démocratique du Congo elle-même a traversé et continue de traverser en matière de dialogue interne. Je pense aux processus de réconciliation menés dans d'autres pays de notre espace. Ces expériences, aujourd'hui largement non documentées et non transmises, constitueraient une matière précieuse pour former les médiateurs de demain.

Une Académie francophone de la paix ne remplacera pas les mécanismes de sécurité collective des Nations unies ou des organisations régionales. Elle offrirait un espace complémentaire, fondé sur la confiance qu'inspire une langue et une histoire partagées, où des acteurs de terrain peuvent être formés à instituer la paix comme une science, une pédagogie et une pratique spécialisée, plutôt que comme un vœu pieux répété à chaque sommet.

Le concept de médiation professionnelle, tel que je le conçois pour cette Académie, s'inspire de disciplines aujourd'hui bien établies dans certains systèmes universitaires, où la résolution de conflits fait l'objet de formations spécialisées combinant droit, sciences politiques, psychologie sociale et pratique de terrain. Notre espace francophone dispose déjà de compétences dans chacun de ces domaines, mais rarement rassemblées au sein d'un même programme de formation dédié spécifiquement à la médiation internationale.

Cette Académie devrait, selon moi, accorder une attention particulière à la médiation intercommunautaire, un domaine dans lequel plusieurs de nos États membres ont accumulé, souvent dans la douleur, une expérience considérable, qu'il s'agisse de tensions foncières, de conflits liés à la gestion des ressources naturelles ou de réconciliation après des périodes de violence politique. Documenter et transmettre ces expériences, plutôt que de les laisser se perdre au gré des changements de génération dans nos administrations, constitue une priorité que je place au cœur de ce projet.

Je souhaite enfin que cette Académie développe des partenariats avec les grandes organisations internationales déjà actives dans le domaine de la médiation et de la sécurité collective, non pas pour dupliquer leurs efforts, mais pour offrir un espace complémentaire, fondé sur la confiance particulière que peut inspirer une langue et une histoire partagées entre médiateurs et parties en conflit issus d'un même espace linguistique.