Tunis, Rabat, Le Caire : le Maghreb n'est pas une périphérie de la Francophonie
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Après des déplacements en Tunisie, au Maroc et en Égypte, je plaide pour que le Maghreb et l'Égypte cessent d'être traités comme une périphérie linguistique de la Francophonie.
On parle souvent de la Francophonie comme d'un espace organisé autour de deux pôles : l'Europe et l'Afrique subsaharienne. Cette lecture oublie une réalité essentielle : le Maghreb et l'Égypte comptent parmi les foyers les plus anciens et les plus dynamiques de la culture et de la pensée en langue française.
Mes déplacements en Tunisie, au Maroc et en Égypte m'ont confortée dans une conviction : cette région ne doit plus être traitée comme une périphérie linguistique, mais reconnue comme l'un des grands centres intellectuels et économiques de notre espace.
J'ai, pendant huit ans, dirigé depuis Le Caire l'Union africaine des Chambres de commerce, d'industrie, d'agriculture et des professions. Cette expérience m'a permis de mesurer, de l'intérieur, la vitalité des échanges économiques entre l'Afrique du Nord, l'Afrique subsaharienne et l'espace francophone au sens large, une vitalité trop souvent sous-exploitée par nos institutions communes.
La Tunisie et le Maroc disposent de systèmes universitaires francophones parmi les plus solides du continent, d'industries culturelles en pleine expansion, et d'une jeunesse hautement qualifiée qui circule aujourd'hui davantage vers l'Europe ou le Golfe que vers le reste de l'espace francophone, faute de passerelles suffisantes.
Je souhaite que la Francophonie investisse davantage dans les partenariats universitaires Nord-Sud au sein même de l'Afrique, entre les universités maghrébines et celles d'Afrique subsaharienne, plutôt que de systématiquement faire transiter la coopération académique par l'Europe.
Je souhaite également que les industries culturelles et numériques de cette région, particulièrement dynamiques dans l'audiovisuel et les technologies, soient davantage intégrées aux réseaux francophones de production et de diffusion.
Une Francophonie qui ignore la profondeur historique et la vitalité contemporaine du Maghreb et de l'Égypte se prive d'une partie essentielle de sa propre richesse. Ce n'est pas seulement une question de géographie. C'est une question de justice envers des sociétés qui ont contribué, depuis des générations, au rayonnement de la langue française.
Mes huit années passées au Caire à la tête de l'Union africaine des Chambres de commerce m'ont permis de mesurer combien la frontière souvent tracée entre une Afrique du Nord perçue comme arabophone et une Afrique subsaharienne perçue comme francophone relève d'une simplification qui ne résiste pas à l'observation du terrain. Le français demeure, en Tunisie comme au Maroc, une langue d'enseignement supérieur, de recherche scientifique et d'affaires internationales d'une vitalité que peu d'observateurs extérieurs mesurent réellement.
Cette région dispose également d'un atout que l'espace francophone exploite encore trop peu : sa position de carrefour entre l'Afrique, l'Europe et le Moyen-Orient, qui en fait un terrain naturel pour des partenariats triangulaires associant universités maghrébines, entreprises européennes et marchés subsahariens. Je souhaite que l'OIF soutienne activement ce type de coopération triangulaire, plutôt que de continuer à raisonner selon des blocs géographiques cloisonnés hérités d'une histoire diplomatique aujourd'hui dépassée.
Je pense également à la diaspora maghrébine francophone présente en Europe, dont le rôle dans les échanges économiques et culturels entre les deux rives de la Méditerranée reste largement sous-exploité par les instances francophones officielles. Cette diaspora représente pourtant un pont naturel entre les mondes que je souhaite voir davantage rapprochés au sein de notre organisation.