Trois cents millions aujourd'hui, sept cents millions demain : la Francophonie est-elle prête ?

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Avec une projection à sept cents millions de locuteurs d'ici 2050, j'estime que la Francophonie doit se doter d'une stratégie de long terme documentée, sous peine de transformer une promesse démographique en occasion manquée.

D'ici le milieu du siècle, l'espace francophone pourrait rassembler plus de sept cents millions de locuteurs. L'écrasante majorité d'entre eux vivront en Afrique.

Ce chiffre devrait occuper une place centrale dans chaque discussion sur l'avenir de notre organisation. Il n'y occupe, aujourd'hui, qu'une place secondaire.

Une telle croissance démographique n'est pas seulement un motif de fierté linguistique. Elle est une responsabilité de planification.

Sommes-nous prêts, collectivement, à scolariser cette jeunesse en français ? À lui offrir un enseignement supérieur de qualité ? À créer, sur le continent, les emplois qualifiés que cette croissance appelle ? À garantir que les technologies de demain — intelligence artificielle, plateformes numériques, outils éducatifs — intègrent pleinement cette réalité démographique plutôt que de la traiter comme une périphérie ?

Je pose ces questions sans catastrophisme, mais sans complaisance non plus.

Une langue ne se maintient pas par le seul nombre de ses locuteurs. Elle se maintient par sa capacité à leur offrir des perspectives réelles : études, emplois, création, innovation.

Je souhaite que l'OIF se dote d'une stratégie de long terme, documentée et chiffrée, sur l'accompagnement de cette transition démographique : formation des enseignants, infrastructures numériques, corpus linguistiques francophones pour l'intelligence artificielle, mobilité universitaire Sud-Sud autant que Nord-Sud.

Le monde ne nous attendra pas. Les grandes aires linguistiques concurrentes investissent déjà massivement dans leur propre expansion numérique et éducative.

La Francophonie a une décennie, peut-être un peu plus, pour transformer cette promesse démographique en réussite collective plutôt qu'en occasion manquée. C'est l'ambition que je porte pour l'organisation que j'aspire à diriger.

Cette projection démographique, aussi impressionnante soit-elle, ne se traduira en influence réelle que si elle s'accompagne d'investissements massifs et coordonnés dans l'éducation. Or, plusieurs pays qui porteront l'essentiel de cette croissance démographique francophone font aujourd'hui face à des défis considérables en matière de scolarisation primaire et secondaire, avec des taux d'encadrement pédagogique parfois très éloignés des standards internationaux. Ignorer cette réalité reviendrait à célébrer un chiffre sans se donner les moyens de le transformer en atout.

Je souhaite que l'OIF joue un rôle actif de mise en réseau des ministères de l'Éducation de ses États membres, pour favoriser le partage d'expériences pédagogiques éprouvées, la formation croisée des enseignants et la mutualisation de ressources numériques éducatives en français, adaptées aux réalités locales plutôt que simplement importées de systèmes éducatifs très différents.

Cette responsabilité de planification concerne également les infrastructures physiques : écoles, universités, centres de formation professionnelle. La croissance démographique attendue dans les prochaines décennies exigera des investissements considérables, que ni les seuls budgets nationaux ni le seul budget de l'OIF ne pourront financer isolément. C'est pourquoi je souhaite que l'organisation développe des partenariats structurés avec les grandes institutions financières de développement, pour orienter davantage de financements internationaux vers l'éducation en français dans les zones de plus forte croissance démographique.