Soigner autrement : ce que la médecine ancestrale a encore à apprendre à la science

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Médecine moderne et savoirs thérapeutiques ancestraux coexistent au quotidien dans la plupart des pays francophones, souvent sans dialogue entre eux.

Je propose une recherche médicale intégrative pour réconcilier ces deux traditions.

Dans la plupart de nos pays francophones, en particulier en Afrique, la médecine moderne et les savoirs thérapeutiques ancestraux coexistent au quotidien, souvent sans réel dialogue entre eux, parfois même dans une méfiance mutuelle qui prive nos populations d'une prise en charge véritablement complète.

Je crois que ce cloisonnement doit cesser. Je propose que la Francophonie structure une recherche médicale intégrative, qui vise à réconcilier les sciences biomédicales contemporaines avec les savoirs thérapeutiques ancestraux de nos différents peuples, dans une approche respectueuse à la fois de la rigueur scientifique et des patrimoines médicinaux transmis depuis des générations.

Cela suppose, concrètement, de soutenir des programmes de recherche qui étudient scientifiquement les pratiques pharmacopées traditionnelles de nos régions, pour identifier celles qui peuvent être validées, standardisées et intégrées aux protocoles de soins modernes, plutôt que de les ignorer ou de les folkloriser.

Cela suppose aussi de former les personnels de santé de nos pays à dialoguer avec les tradipraticiens plutôt qu'à les ignorer, dans un cadre qui protège les patients tout en valorisant des savoirs parfois efficaces et souvent mal documentés.

Cela suppose enfin de mutualiser, au sein de notre espace francophone, les moyens de recherche : un laboratoire de pharmacologie à Kinshasa, un centre de recherche en médecine traditionnelle à Hanoï, une université de médecine à Montréal ou à Dakar ont tout intérêt à travailler ensemble plutôt qu'isolément, chacun apportant une part de la réponse à des défis sanitaires communs.

Cette ambition dépasse la seule question médicale. Elle touche à la manière dont nous, francophones, choisissons de traiter nos propres héritages : ni les rejeter au nom d'une modernité mal comprise, ni les sacraliser au point d'en négliger l'exigence scientifique, mais les faire dialoguer avec intelligence et respect.

C'est cette troisième voie, entre l'oubli et le folklore, que je veux donner à la recherche médicale francophone.

Plusieurs pays francophones d'Afrique et d'Asie du Sud-Est disposent déjà d'instituts nationaux de recherche en pharmacopée traditionnelle, dont les travaux restent aujourd'hui largement méconnus au-delà de leurs frontières nationales, faute de mécanismes de publication et de partage communs à l'échelle de notre espace linguistique. Cette dispersion de la recherche constitue une perte d'efficacité considérable, chaque institut redécouvrant parfois des résultats déjà obtenus ailleurs, faute de circulation suffisante de l'information scientifique entre pays francophones.

Je souhaite que l'OIF finance la création d'une base de données commune, rassemblant les résultats de recherche déjà disponibles dans nos différents instituts nationaux, avec des protocoles de validation scientifique harmonisés permettant une comparabilité réelle entre les études menées dans des contextes très différents. Cette mutualisation documentaire constituerait une première étape peu coûteuse mais potentiellement très fructueuse vers la recherche médicale intégrative que je propose.

Cette ambition rejoint également une question de justice économique : de nombreuses molécules actives aujourd'hui commercialisées par l'industrie pharmaceutique internationale trouvent leur origine dans des savoirs traditionnels documentés depuis des générations dans nos pays, sans que les communautés dépositaires de ces savoirs en tirent le moindre bénéfice économique. Je souhaite que l'OIF défende, dans les enceintes internationales compétentes, un cadre de partage équitable des bénéfices issus de la valorisation scientifique et commerciale de ces savoirs ancestraux.