Puissance de civilisation : ce que je veux dire quand j'emploie ce mot

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L'expression peut sembler grandiloquente. J'en précise le sens : la « puissance de civilisation » que je veux donner à la Francophonie n'est ni militaire ni seulement économique, mais culturelle, démographique et scientifique.

On m'a parfois interrogée sur l'emploi de l'expression « puissance de civilisation » pour qualifier l'ambition que je porte pour la Francophonie. Le mot peut sembler grandiloquent. Je veux ici en préciser le sens.

Je ne parle pas d'une puissance militaire, ni d'une puissance uniquement économique, telles qu'on les entend habituellement dans les relations internationales. Je parle d'une capacité collective à proposer aux peuples une autre manière d'habiter la mondialisation : penser la diversité humaine autrement que comme une source de fracture, organiser le vivre-ensemble à l'échelle planétaire autrement que par la seule loi du plus fort.

Dans le monde qui vient, je crois que les grandes puissances ne seront pas seulement militaires ou économiques, mais également culturelles, démographiques, scientifiques, technologiques et civilisationnelles. La Francophonie dispose, dans chacun de ces registres, d'atouts considérables qu'elle n'a pas encore appris à mobiliser ensemble.

Une langue parlée sur cinq continents. Une jeunesse démographiquement montante. Des traditions intellectuelles et artistiques d'une richesse rare. Des systèmes de pensée, de soin et de gouvernance très divers, dont la mise en dialogue peut produire des solutions qu'aucune tradition isolée n'aurait pu inventer seule.

C'est cette transformation de la diversité en force stratégique que je veux porter : convertir notre pluralité culturelle en richesse créatrice, notre jeunesse en puissance d'innovation, notre communauté linguistique en véritable capacité d'action collective au service de l'humanité.

Je ne prétends pas que la Francophonie puisse, seule, réinventer l'ordre du monde. Mais je crois qu'elle peut devenir l'une des forces capables de proposer une alternative aux logiques de fragmentation et d'affrontement qui dominent trop souvent les relations internationales contemporaines.

C'est cette ambition, plus haute qu'un simple programme de politiques publiques, que je résume par cette expression : faire de la Francophonie une puissance de civilisation, au service des peuples qui la composent.

Cette notion de puissance de civilisation trouve son origine dans une réflexion plus large sur la manière dont les grands espaces linguistiques et culturels du monde entendent peser sur les grandes transformations du XXIᵉ siècle, au-delà des seuls rapports de force militaires ou économiques traditionnels. Plusieurs grandes aires linguistiques ont déjà engagé cette réflexion sur leur propre influence civilisationnelle ; je crois que la Francophonie, forte de sa diversité unique, a toute légitimité à s'inscrire pleinement dans ce mouvement.

Je pense en particulier à la manière dont notre espace pourrait proposer, sur la scène internationale, des modèles alternatifs de développement, de gouvernance et de relation à l'environnement, puisés dans la diversité même des traditions qui composent la Francophonie : les systèmes de gouvernance communautaire présents dans plusieurs sociétés africaines, les traditions de dialogue interculturel développées dans l'espace méditerranéen, les modèles de gestion durable des ressources naturelles pratiqués par certains peuples autochtones francophones du Canada.

Cette ambition de puissance de civilisation ne se décrétera pas par un simple discours, aussi convaincant soit-il. Elle se construira progressivement, à travers chacun des neuf projets concrets que je porte pour l'organisation, qui constituent autant de traductions pratiques de cette vision plus large d'une Francophonie capable de proposer au monde une manière différente d'habiter sa propre diversité.