Praia : les petits États peuvent inspirer les grandes organisations

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Dans les relations internationales, la taille d'un pays ne détermine pas nécessairement la portée de son influence. Certaines des idées les plus novatrices émergent parfois de nations qui, par leur histoire, leur géographie ou leurs choix de gouvernance, ont appris à transformer leurs contraintes en opportunités.

C'est avec cette conviction que je me suis rendue au Cap-Vert, où j'ai eu l'honneur d'être reçue par Son Excellence José Maria Neves, Président de la République, aux côtés du Ministre délégué chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, Crispin Mbadu. Nos échanges ont porté sur les grands enjeux qui attendent la Francophonie, mais aussi sur la manière dont chaque État, quelle que soit sa taille, peut contribuer à enrichir notre projet commun.

Le Cap-Vert occupe une place singulière dans l'espace francophone. Ouvert sur l'Atlantique, situé au carrefour de l'Afrique, de l'Europe et des Amériques, il a su faire de son insularité un atout diplomatique. Son expérience montre qu'une politique fondée sur la stabilité, l'éducation, la coopération régionale et l'ouverture internationale peut produire une influence qui dépasse largement les dimensions du territoire.

Cette leçon mérite d'inspirer la Francophonie.

Notre organisation rassemble quatre-vingt-treize États et gouvernements dont les réalités sont profondément différentes. Certains comptent plusieurs centaines de millions d'habitants ; d'autres, quelques centaines de milliers seulement voire beaucoup moins. Pourtant, chacun apporte une expérience précieuse en matière de gouvernance, transition énergétique, économie bleue, résilience climatique, innovation publique, inclusion sociale ou diplomatie régionale.

Je crois qu'il est temps que nous puissions faire de cette diversité, le creuset d'une intelligence collective au service de notre organisation.

Comment permettre aux politiques publiques qui réussissent à Praia d'inspirer Kinshasa ? Comment une innovation développée à Bruxelles ou au Québec peut-elle bénéficier à Nouakchott, Port-au-Prince ou Antananarivo ? Comment faire de notre organisation une plateforme permanente d'échange de bonnes pratiques ?

Le monde évolue à une vitesse inédite. Les crises sanitaires, climatiques, alimentaires ou numériques ne connaissent pas de frontières. Aucune nation ne détient seule les réponses. En revanche, chacune peut contribuer à une solution commune.

C'est cette approche collaborative que je souhaite promouvoir. La Francophonie ne doit plus être uniquement un espace où l'on dialogue. Elle doit devenir un espace où l'on apprend les uns des autres et où ces échanges se concrétisent en des pratiques réutilisables, utiles et immédiates.

Cette ambition est particulièrement importante pour la jeunesse. Les jeunes francophones ne cherchent pas seulement des discours inspirants ; ils veulent accéder à des expériences, des réseaux, des partenariats et des opportunités qui leur permettent de transformer leurs projets en réalités.

Je remercie chaleureusement le Président José Maria Neves pour la qualité de son accueil et pour la richesse de nos échanges. À Praia, j'ai retrouvé une même volonté : faire de la Francophonie une communauté où chaque État, petit ou grand, contribue à écrire l'avenir collectif.

Le Cap-Vert appartient à cette catégorie d'États dont l'influence diplomatique dépasse largement la taille du territoire ou de la population. Depuis son indépendance, l'archipel a construit sa politique étrangère sur la stabilité institutionnelle, l'investissement massif dans l'éducation et une diplomatie de niche, fondée sur des partenariats ciblés plutôt que sur une présence tous azimuts. Ce modèle mérite d'être davantage étudié par l'ensemble de nos États membres, y compris les plus grands, qui gagneraient à s'inspirer de cette capacité à transformer des ressources limitées en résultats mesurables.

Nos échanges ont également porté sur l'économie bleue, un secteur dans lequel le Cap-Vert a développé une expertise reconnue, entre gestion durable des ressources halieutiques et développement d'un tourisme respectueux de l'environnement insulaire. Cette expertise pourrait utilement bénéficier à d'autres États membres francophones confrontés à des enjeux similaires, notamment les États insulaires des Caraïbes et de l'océan Indien, si l'OIF se dotait des mécanismes de transfert de connaissances que je propose dans le cadre de mes neuf projets pour une Francophonie nouvelle.

Praia m'a confortée dans une conviction simple : une organisation internationale ne progresse pas seulement grâce à ses membres les plus puissants. Elle progresse aussi grâce à sa capacité à écouter et à mettre en réseau les innovations institutionnelles nées dans ses États les plus modestes en taille, mais souvent les plus audacieux dans leurs choix de gouvernance.