Pourquoi la Francophonie a besoin d'un hymne

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Pourquoi une organisation aux enjeux économiques, éducatifs et diplomatiques aurait-elle besoin d'un hymne ?

Parce que les peuples ont besoin de se chanter pour se reconnaître.


Cette proposition surprend parfois. On me demande pourquoi une organisation internationale, dont les enjeux sont économiques, éducatifs et diplomatiques, aurait besoin d'un hymne. Ma réponse est simple : parce que les peuples ont besoin de se chanter pour se reconnaître.

Une langue commune ne suffit pas à créer un sentiment d'appartenance. Il faut aussi des symboles capables d'élever les consciences au-dessus des intérêts immédiats, pour rappeler à chacun qu'il participe à quelque chose de plus vaste que lui-même.

Je propose que la Francophonie se dote d'un hymne fédérateur, composé et porté par des artistes de l'ensemble de notre espace, mêlant les sonorités et les traditions musicales du monde francophone plutôt que d'imposer un style unique.

Cette proposition n'est pas un supplément d'âme décoratif. Elle répond à un besoin réel : celui de mettre en musique les espérances communes de nos peuples, pour empêcher leurs différences de se transformer en distances irréconciliables.

Je pense à ce que représentent les hymnes pour d'autres grandes communautés de nations dans le monde : des moments où, au-delà des postures diplomatiques, une émotion partagée rappelle à chacun son appartenance à un projet plus grand que la somme de ses parties.

La Francophonie possède déjà, dans sa diversité musicale, culturelle et linguistique, les éléments d'une telle conscience commune. Ce qui lui manque encore, c'est de les rassembler en un geste symbolique fort, capable de toucher les cœurs autant que les esprits.

Un hymne ne remplacera aucune politique publique. Mais il accompagnera chacune d'elles d'un supplément de sens, en rappelant que derrière chaque programme économique, chaque accord climatique ou chaque partenariat universitaire, il y a une même communauté de destin qui choisit de se reconnaître, et de se le dire en musique.

La conception de cet hymne devrait, selon moi, s'appuyer sur un processus de création collaboratif, associant des artistes issus de traditions musicales très différentes de notre espace : les rythmes d'Afrique centrale et de l'Ouest, les sonorités caribéennes et créoles, les traditions de la chanson francophone européenne, les musiques du Maghreb et du Moyen-Orient. Ce processus, plus qu'une simple commande artistique confiée à un seul compositeur, garantirait que l'hymne reflète authentiquement la diversité qu'il entend célébrer.

Je souhaite qu'un concours international soit organisé pour la composition de cet hymne, ouvert à l'ensemble des artistes francophones professionnels et amateurs, avec un jury composé de personnalités reconnues issues de chaque région de notre espace. Cette démarche participative permettrait, dès sa conception, de faire de cet hymne un objet d'appropriation collective plutôt qu'une simple décision institutionnelle imposée depuis le sommet de l'organisation.

Au-delà de sa dimension symbolique immédiate, cet hymne pourrait également jouer un rôle pédagogique auprès des jeunes générations francophones, en étant intégré aux programmes scolaires de nos États membres volontaires, à la manière dont d'autres grands ensembles régionaux ont su transmettre, par la musique, un sentiment d'appartenance collective aux enfants dès leur plus jeune âge.