Ottawa : la Francophonie doit devenir une puissance d'influence

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À Ottawa, j'ai rencontré l'honorable Anita Anand et plusieurs parlementaires canadiens pour évoquer la place de la Francophonie dans les grands enjeux technologiques du XXIᵉ siècle, du Canada, deuxième contributeur financier de l'organisation.

Les grandes organisations internationales ne sont plus seulement évaluées à la qualité de leurs principes. Elles le sont désormais à leur capacité d'influencer les transformations du monde.

Cette évolution interpelle directement la Francophonie. Pendant longtemps, notre organisation a été identifiée avant tout comme un espace de dialogue politique, de coopération culturelle et de promotion de la langue française. Cette mission demeure essentielle. Mais le monde a profondément changé.

Aujourd'hui, les décisions qui façonneront les prochaines décennies se prennent autour de nouveaux enjeux : l'intelligence artificielle, la gouvernance des données, les technologies quantiques, la cybersécurité, les chaînes de valeur mondiales, la transition énergétique, la souveraineté numérique ou encore la régulation des plateformes.

Dans chacun de ces domaines, la Francophonie doit faire entendre sa voix.

C'est autour de cette conviction que se sont articulés mes échanges à Ottawa avec l'honorable Anita Anand, ainsi qu'avec plusieurs parlementaires canadiens engagés dans les relations entre le Canada, la République démocratique du Congo et la Francophonie.

Le Canada est l'un des piliers historiques de l'Organisation internationale de la Francophonie, et son deuxième contributeur financier avec environ quarante-trois millions de dollars versés en 2025-2026. Son engagement en faveur du multilatéralisme, de la recherche scientifique et de l'innovation en fait un partenaire incontournable dans la construction d'une Francophonie capable d'anticiper les mutations du XXIᵉ siècle.

Je suis convaincue que notre espace francophone possède un avantage comparatif exceptionnel. Nous rassemblons des chercheurs de renommée mondiale. Des universités d'excellence. Des centres d'innovation. Des entreprises technologiques. Des millions de jeunes diplômés. Des créateurs parmi les plus talentueux du monde.

Pourtant, ces forces demeurent encore insuffisamment connectées entre elles. La Francophonie peut devenir le réseau qui leur permettra de coopérer davantage.

Je souhaite promouvoir la création d'un véritable espace francophone de l'innovation. Un espace où les universités collaborent plus étroitement. Où les laboratoires partagent leurs recherches. Où les jeunes entreprises trouvent plus facilement des partenaires. Où les chercheurs circulent plus librement. Où les solutions développées dans un pays peuvent rapidement bénéficier à l'ensemble de notre communauté.

L'intelligence artificielle constitue sans doute l'un des meilleurs exemples de cette nécessité. Les modèles linguistiques qui façonneront demain nos usages numériques seront entraînés à partir des langues, des cultures et des connaissances qui auront été suffisamment représentées. La Francophonie ne peut rester absente de cette révolution.

Nous devons investir dans les corpus francophones, soutenir la recherche en intelligence artificielle, favoriser l'émergence d'écosystèmes numériques et garantir que notre langue demeure pleinement présente dans les technologies de demain.

Il ne s'agit pas seulement de préserver notre patrimoine linguistique. Il s'agit de préserver notre capacité à produire des connaissances, à innover et à exercer une influence dans le monde.

À Ottawa, j'ai retrouvé une volonté commune de renforcer cette ambition. Je remercie chaleureusement l'ensemble de mes interlocuteurs pour la qualité de ces échanges.

Ils confirment qu'une Francophonie plus influente ne sera pas celle qui parlera davantage. Elle sera celle qui créera davantage. Qui innovera davantage. Qui coopérera davantage. C'est cette Francophonie que je souhaite contribuer à bâtir.

Le Canada entretient avec la Francophonie institutionnelle une relation ancienne et structurante, marquée par un engagement constant en faveur du multilatéralisme et par une expertise reconnue en matière de recherche universitaire. Au-delà de sa contribution financière, le pays héberge certains des plus importants centres de recherche en intelligence artificielle au monde, notamment à Montréal, ce qui en fait un partenaire naturel pour toute stratégie francophone ambitieuse dans ce domaine.

Nos échanges à Ottawa ont également porté sur la manière dont les provinces et territoires canadiens, au-delà du seul gouvernement fédéral, s'impliquent dans la vie de l'OIF.

Cette architecture institutionnelle particulière, où plusieurs entités fédérées participent directement aux instances francophones aux côtés de l'État central, offre un exemple intéressant de gouvernance multiniveaux dont d'autres grands États fédéraux ou décentralisés de notre espace pourraient utilement s'inspirer.

J'ai également pu échanger avec des parlementaires canadiens sur les enjeux de cybersécurité et de régulation des plateformes numériques, deux sujets sur lesquels le Canada a développé une expertise réglementaire significative. Ces échanges confirment, à mes yeux, qu'une diplomatie scientifique et technologique francophone bien conçue trouverait au Canada l'un de ses partenaires les plus solides et les plus expérimentés.