Montréal : si nos cultures n'existent pas dans les algorithmes, elles risquent de s'effacer
Date Published
À Montréal, aux côtés des autorités québécoises, j'ai plaidé pour une Francophonie capable de défendre sa diversité culturelle dans l'économie numérique mondiale, plutôt que de la subir.
La langue française a traversé les siècles grâce à celles et ceux qui l'ont écrite, chantée, enseignée, filmée, racontée et transmise. Aujourd'hui, un nouveau défi se présente à nous. Notre avenir culturel dépendra aussi des algorithmes.
Chaque jour, des milliards de contenus circulent sur les plateformes numériques. Ils déterminent ce que nous lisons, regardons, écoutons ou découvrons. Ils façonnent progressivement nos références culturelles.
Dans cet univers, toutes les langues ne bénéficient pas de la même visibilité. Toutes les cultures ne disposent pas des mêmes capacités de diffusion. Toutes les œuvres ne sont pas proposées avec la même intensité.
Cette réalité impose une responsabilité nouvelle à la Francophonie.
C'est précisément autour de ces enjeux que se sont déroulés mes échanges avec les autorités québécoises, notamment les ministres en charge de la Culture, de la Communication et des Relations internationales. Ensemble, nous avons évoqué la découvrabilité des contenus francophones, le numérique, les industries culturelles et les nouvelles formes de coopération qui permettront à notre espace linguistique de renforcer sa présence dans l'économie numérique mondiale.
Le Québec possède une expérience remarquable dans ce domaine. Il a démontré qu'il était possible de défendre une langue tout en développant une économie culturelle dynamique, compétitive et ouverte sur le monde. Cette expérience mérite d'être davantage partagée — je pense notamment à l'expertise institutionnelle que le Québec porte au sein même de l'OIF, à travers la fonction d'administrateur de l'Organisation.
Je suis convaincue que la Francophonie doit devenir l'un des principaux espaces mondiaux de coopération culturelle. Non pas pour protéger la culture derrière des frontières. Mais pour lui permettre de circuler davantage.
Nos créateurs doivent être mieux visibles. Nos films mieux diffusés. Nos musiques mieux référencées. Nos livres plus facilement accessibles. Nos langues mieux représentées dans les outils numériques. Notre patrimoine mieux valorisé par les technologies émergentes.
Cette ambition concerne également les industries créatives. La culture représente aujourd'hui un formidable levier de croissance économique. Elle crée des emplois. Elle attire des investissements. Elle favorise le tourisme. Elle stimule l'innovation. Elle contribue à notre influence internationale.
La Francophonie doit pleinement intégrer cette réalité dans ses priorités. Je souhaite que notre organisation accompagne davantage les entrepreneurs culturels, les studios de création, les producteurs audiovisuels, les développeurs de jeux vidéo, les plateformes éducatives et tous ceux qui inventent chaque jour la culture francophone de demain.
La révolution numérique ne constitue pas une menace. Elle représente une opportunité. À condition que nous choisissions d'en être des acteurs.
À Montréal, j'ai retrouvé cette volonté d'inventer une Francophonie qui regarde l'avenir avec confiance. Une Francophonie qui défend la diversité culturelle non pas contre le progrès technologique, mais grâce à lui.
Le Québec a développé, au fil des décennies, l'un des cadres législatifs les plus aboutis au monde en matière de protection et de promotion d'une langue minoritaire dans un environnement anglophone dominant. Cette expérience, acquise notamment à travers la Charte de la langue française et les politiques de soutien aux industries culturelles québécoises, constitue un laboratoire précieux pour l'ensemble de l'espace francophone, confronté aujourd'hui à un défi comparable à l'échelle mondiale face à la domination de certaines plateformes numériques.
Nos échanges ont également porté sur le rôle spécifique que joue le Québec au sein même des instances de l'OIF, à travers son statut de gouvernement participant et sa fonction d'administrateur de l'organisation. Cette architecture institutionnelle originale, qui permet à une entité fédérée de participer directement à la gouvernance francophone internationale, mérite d'être mieux comprise et valorisée par l'ensemble de nos États membres.
Montréal m'a également permis d'échanger avec des représentants de l'industrie du jeu vidéo, secteur dans lequel la métropole québécoise s'est imposée comme l'un des pôles mondiaux les plus importants. Cette industrie, encore trop rarement associée aux politiques culturelles francophones traditionnelles, représente pourtant l'un des vecteurs les plus puissants de diffusion de notre langue auprès des jeunes générations à l'échelle internationale.