Malabo : la Francophonie au-delà de la langue officielle

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La Guinée équatoriale n'a pas le français pour langue officielle unique, et pourtant elle appartient à l'OIF. Je m'appuie sur cet exemple pour défendre une Francophonie assumée comme plurilingue par construction.

La Guinée équatoriale n'a pas le français pour langue officielle unique. Elle appartient pourtant à l'Organisation internationale de la Francophonie, aux côtés de plusieurs autres États où le français n'est ni la langue maternelle, ni la langue administrative dominante.

Cette réalité, que l'on mentionne rarement, dit quelque chose d'essentiel sur ce que peut être la Francophonie au XXIᵉ siècle : non pas un club de pays où le français est langue unique, mais un espace de coopération choisie, fondé sur une proximité culturelle et une volonté politique partagée.

J'ai eu l'occasion d'échanger avec les autorités équato-guinéennes, dont le soutien à ma candidature a été publiquement exprimé, sur ce que signifie appartenir à la Francophonie sans que le français y soit la langue du quotidien pour l'ensemble de la population.

Cette conversation m'a rappelé une évidence trop souvent oubliée : la Francophonie institutionnelle a toujours été plus large que la seule sphère linguistique française. Elle inclut des pays hispanophones, lusophones, arabophones et anglophones qui ont choisi d'y participer pour des raisons de coopération régionale, culturelle et économique.

Je souhaite que cette diversité soit davantage assumée, plutôt que traitée comme une exception. Un pays membre où le français est une langue seconde ou une langue de coopération, et non une langue maternelle majoritaire, apporte à l'organisation une expérience précieuse : celle du plurilinguisme géré au quotidien, une compétence que l'ensemble de notre espace devra développer face à la diversité linguistique croissante de ses propres sociétés.

Je propose que l'OIF renforce son accompagnement à l'enseignement du français comme langue seconde dans ces pays, avec des programmes adaptés à leurs réalités linguistiques propres, plutôt qu'avec des outils pédagogiques pensés uniquement pour des contextes francophones traditionnels.

La Francophonie de demain sera plurilingue par construction. Autant s'appuyer, dès aujourd'hui, sur l'expérience de ceux de ses membres qui la vivent déjà.

La Guinée équatoriale a rejoint l'Organisation internationale de la Francophonie dans les années 1990, aux côtés d'autres États dont le rapport au français relève davantage de la coopération choisie que de l'héritage colonial ou de la langue maternelle majoritaire. Cette catégorie de membres, à laquelle appartiennent également des pays comme le Cap-Vert ou la Dominique, illustre une réalité que l'on a tendance à sous-estimer : la Francophonie institutionnelle n'a jamais été un simple espace de continuité linguistique, mais un espace de coopération politique et économique volontairement construit.

Les autorités équato-guinéennes ont partagé avec moi leur expérience du plurilinguisme administratif, où le français coexiste avec l'espagnol, langue officielle historique du pays, et avec les langues locales parlées au quotidien par la population. Cette gestion simultanée de plusieurs langues officielles ou de coopération offre des enseignements précieux pour d'autres États membres confrontés à des réalités linguistiques tout aussi composites, notamment en Afrique subsaharienne où le français côtoie souvent l'anglais, l'arabe, le portugais ou de nombreuses langues nationales.

Je souhaite que l'OIF développe des outils pédagogiques spécifiquement conçus pour les contextes où le français constitue une langue seconde institutionnelle, plutôt que d'exporter systématiquement des méthodes d'enseignement pensées pour des contextes où le français est la langue maternelle dominante. Cette adaptation pédagogique, encore insuffisamment développée aujourd'hui, conditionne pourtant directement l'efficacité de notre coopération éducative dans plusieurs de nos États membres.