L'OIF n'a pas besoin de plus de sommets, mais de plus de guichets
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Avec un budget annuel d'environ cent seize millions de dollars, l'OIF doit selon moi, être jugée à ses résultats plutôt qu'à ses déclarations. Je détaille trois principes de gouvernance financière que je veux appliquer dès mon entrée en fonction.
Cent seize millions de dollars. C'est, chaque année, le budget de l'Organisation internationale de la Francophonie.
Une somme considérable pour une institution intergouvernementale. Une somme modeste au regard des attentes que porte notre communauté de plus de trois cents millions de locuteurs.
La question n'est donc pas seulement combien l'OIF dépense. Elle est : que produit-elle, concrètement, pour un jeune entrepreneur de Lubumbashi, une chercheuse de Rabat, un artisan numérique de Port-au-Prince ?
Je crois que la Francophonie institutionnelle a longtemps été jugée à la richesse de ses déclarations plutôt qu'à la mesure de ses résultats. Ce temps doit changer.
Je propose trois principes simples. Premier principe : des indicateurs de résultats publics, révisés chaque année, pour chaque programme financé par l'OIF — mobilité étudiante, soutien aux industries culturelles, coopération numérique, appui aux médias.
Deuxième principe : des audits de performance réguliers, dont les conclusions soient partagées avec l'ensemble des États membres, pas seulement avec les principaux contributeurs.
Troisième principe : une préférence budgétaire donnée aux projets qui produisent un effet direct et vérifiable, un emploi créé, une entreprise financée, une œuvre diffusée — plutôt qu'aux seules rencontres institutionnelles.
La France, premier contributeur de l'organisation, comme le Canada, deuxième contributeur avec environ quarante-trois millions de dollars versés en 2025-2026, sont en droit d'attendre cette rigueur. Les États dont la contribution est plus modeste le sont tout autant : la légitimité d'une institution internationale ne se mesure pas à la taille du chèque de ses membres, mais à l'équité avec laquelle elle rend compte à chacun d'eux.
Une Francophonie plus rigoureuse dans sa gestion sera une Francophonie plus forte dans sa capacité de conviction, y compris face aux bailleurs et partenaires qui hésitent encore à investir dans notre espace commun.
Ce n'est pas un programme d'austérité. C'est un programme de crédibilité, et c'est l'un des neuf projets que je porte pour une Francophonie nouvelle.
Cette exigence de rigueur budgétaire s'appuie directement sur mon expérience à la tête d'une organisation économique panafricaine, où j'ai dû, pendant huit ans, rendre des comptes précis à des membres aux intérêts parfois divergents sur l'utilisation de ressources mutualisées. Cette expérience m'a appris qu'un budget, même modeste au regard des ambitions affichées, peut produire des effets considérables lorsqu'il est orienté avec discipline vers un nombre limité de priorités clairement identifiées, plutôt que dispersé entre de multiples programmes aux objectifs peu articulés entre eux.
Je souhaite en particulier que l'OIF publie, chaque année, un rapport détaillé et accessible au grand public sur l'utilisation de ses ressources, à la manière de ce que pratiquent déjà certaines organisations internationales spécialisées dans le développement. Ce rapport ne se limiterait pas aux données comptables classiques : il présenterait, programme par programme, le nombre de bénéficiaires directs, les résultats obtenus et les difficultés rencontrées, dans un langage accessible à un citoyen non-spécialiste des affaires multilatérales.
Cette transparence accrue servirait aussi les intérêts des États contributeurs eux-mêmes, qui pourraient plus facilement justifier, devant leurs propres parlements et opinions publiques, la pertinence de leur engagement financier envers l'OIF. Une organisation capable de démontrer, chiffres à l'appui, l'impact concret de chaque dollar investi renforce mécaniquement sa capacité à mobiliser de nouveaux partenaires, y compris au-delà de ses seuls États membres.