L'entrepreneuriat au féminin, moteur silencieux de la Francophonie

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Forte de mon expérience à la Conférence de Paris sur le climat en 2015, je propose de faire de l'entrepreneuriat féminin un critère transversal de l'action économique de l'OIF, plutôt qu'un programme isolé.

J'ai consacré une part importante de mon parcours professionnel à la question de la place des femmes dans le développement économique africain, notamment lors de mes interventions à la Conférence de Paris sur le climat en 2015. Cette question n'a rien perdu de son actualité au sein de l'espace francophone.

Dans la majorité des pays francophones d'Afrique, les femmes portent une part considérable de l'activité économique informelle : commerce, agriculture, artisanat, services. Pourtant, elles restent largement sous-représentées dans l'accès au financement, aux marchés publics et aux réseaux d'affaires internationaux.

Cette situation n'est pas une fatalité culturelle. C'est un déficit d'infrastructures de soutien que la Francophonie peut contribuer à combler.

Je propose que l'OIF se dote d'un programme dédié au financement de l'entrepreneuriat féminin, construit en partenariat avec les réseaux de chambres de commerce francophones et les institutions financières de développement, plutôt que sous la seule forme de micro-subventions symboliques.

Je propose également que les grands forums économiques francophones que j'appelle de mes vœux réservent une place structurelle, et non simplement protocolaire, aux entrepreneures, en leur donnant un accès direct aux investisseurs plutôt qu'à des panels de représentation.

Cette ambition rejoint une conviction plus large : une Francophonie qui n'investit pas pleinement dans la moitié de sa population se prive, mécaniquement, de la moitié de son potentiel économique.

Je ne propose pas un programme séparé, pensé comme une case à cocher dans la politique de l'organisation. Je propose que l'entrepreneuriat féminin devienne un critère transversal, présent dans chacun des grands chantiers économiques et numériques que je souhaite porter à la tête de l'OIF.

C'est une conviction que je porte depuis plus d'une décennie. Elle n'a jamais été aussi actuelle qu'aujourd'hui, à l'heure où la jeunesse féminine francophone représente l'une des forces entrepreneuriales les plus dynamiques du continent africain.

Le secteur informel, dans lequel les femmes de l'espace francophone africain sont surreprésentées, reste aujourd'hui largement exclu des statistiques économiques officielles, ce qui contribue à sous-estimer systématiquement sa contribution réelle au produit intérieur brut de nos pays. Cette invisibilité statistique se traduit directement par une invisibilité dans les politiques publiques, y compris dans les programmes de soutien économique portés par les organisations internationales, y compris l'OIF elle-même jusqu'à présent.

Je souhaite que l'OIF finance des études économiques précises sur la contribution réelle de l'entrepreneuriat féminin informel dans ses États membres, pour objectiver un phénomène aujourd'hui trop souvent traité de manière anecdotique dans les discours institutionnels. Ces données constitueraient la base indispensable de toute politique de financement véritablement adaptée aux besoins réels des entrepreneures francophones, plutôt que calquée sur des modèles conçus pour des économies structurées différemment.

Mon expérience de la diplomatie économique panafricaine m'a montré que les dispositifs de microcrédit, bien qu'utiles, ne suffisent pas à accompagner la croissance des entreprises dirigées par des femmes au-delà d'un certain seuil. Il manque aujourd'hui, dans la plupart de nos États membres, des mécanismes de financement intermédiaire, entre le microcrédit et le capital-investissement classique, capables d'accompagner ces entreprises dans leur passage à l'échelle. C'est cette lacune que je souhaite voir comblée par les mécanismes que je propose pour l'OIF.