Le visa francophone : une frontière en moins pour les talents de notre espace

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Un visa à obtenir pour Bruxelles, un autre pour Montréal, un troisième pour Abidjan : je propose la création d'un visa francophone spécial pour les chercheurs, entrepreneurs et artistes à fort impact.

J'ai rencontré, tout au long de cette campagne, des chercheurs, des ingénieurs, des artistes et de jeunes entrepreneurs dont le plus grand obstacle n'était ni le financement, ni la formation, mais tout simplement la difficulté à circuler d'un pays francophone à un autre.

Un visa à obtenir pour présenter un projet à Bruxelles. Un autre pour rejoindre un laboratoire à Montréal. Un autre encore pour participer à un incubateur à Abidjan. Chacune de ces démarches prend du temps, coûte de l'argent, et décourage parfois des projets qui auraient pu voir le jour.

Je propose la création d'un visa francophone spécial, destiné aux chercheurs, ingénieurs, universitaires, artistes, innovateurs et porteurs de projets à fort impact, qui faciliterait considérablement leur circulation au sein de l'espace francophone.

Il ne s'agit pas de se substituer aux politiques migratoires souveraines de chaque État, que je respecte pleinement. Il s'agit de créer, pour une catégorie précise de talents dont la mobilité bénéficie à l'ensemble de notre communauté, un cadre facilité, négocié entre États volontaires, à l'image de ce que d'autres espaces régionaux ont su construire pour leurs propres ressortissants.

Ce visa s'accompagnerait d'un fonds dédié à l'investissement fraternisant : un mécanisme permettant à un porteur de projet d'un pays francophone de recevoir plus facilement un accompagnement financier d'un autre pays membre, sans les lourdeurs actuelles des transferts internationaux et des due diligences croisées.

Je pense en particulier à la jeunesse africaine francophone, la plus nombreuse et la plus dynamique de notre espace, qui se heurte aujourd'hui à des obstacles de mobilité disproportionnés par rapport à son potentiel d'innovation.

Faciliter la circulation des talents n'est pas un geste symbolique. C'est un investissement direct dans notre capacité collective à transformer les innovations développées dans un coin de l'espace francophone en bénéfice pour l'ensemble de notre communauté.

La conception de ce visa francophone spécial s'inspire de dispositifs de mobilité privilégiée déjà mis en place par d'autres regroupements régionaux ou linguistiques à travers le monde, qui ont démontré leur capacité à accélérer significativement les échanges économiques et scientifiques entre pays membres, sans pour autant remettre en cause la souveraineté migratoire de chaque État participant. Je souhaite m'appuyer sur ces expériences pour proposer un cadre juridique réaliste, négocié progressivement avec les États volontaires plutôt qu'imposé uniformément à l'ensemble des quatre-vingt-treize membres de l'organisation.

Ce dispositif devrait, selon moi, s'accompagner d'un système de reconnaissance mutuelle accélérée des qualifications professionnelles pour les catégories de talents concernées, aujourd'hui l'un des principaux obstacles à la mobilité effective des chercheurs et des entrepreneurs francophones, au-delà même de la seule question des visas. Sans cette reconnaissance mutuelle, la facilitation de la circulation physique resterait largement théorique pour de nombreux professionnels.

Je pense en particulier aux jeunes diplômés africains francophones qui, faute de pouvoir circuler facilement au sein de leur propre espace linguistique, se tournent aujourd'hui davantage vers des destinations anglophones ou vers le Golfe pour développer leur carrière. Inverser cette tendance suppose de rendre la mobilité intrafrancophone au moins aussi simple que la mobilité vers ces autres destinations, ce qui constitue précisément l'objectif de ce visa francophone spécial.