Le temps est venu d'une diplomatie scientifique francophone

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La diplomatie ne se joue plus seulement dans les chancelleries : elle se joue aussi dans les laboratoires.


Je détaille trois évolutions concrètes pour faire de l'OIF un acteur reconnu de la diplomatie scientifique.

La diplomatie ne se limite plus aux chancelleries. Elle se joue aussi dans les laboratoires, les revues scientifiques et les grandes conférences internationales sur le climat, la santé ou les technologies émergentes.

Or, dans ces espaces, la Francophonie parle rarement d'une seule voix, alors même que ses chercheurs comptent parmi les plus reconnus au monde, de Paris à Montréal, de Dakar à Kinshasa, de Bruxelles à Hanoï.

Je crois que l'OIF doit devenir un acteur reconnu de la diplomatie scientifique, au même titre que certaines grandes organisations régionales le sont déjà devenues sur les questions climatiques ou sanitaires.

Cela suppose trois évolutions concrètes. D'abord, la création d'un réseau permanent de chercheurs francophones, capable de produire des positions communes sur les grands enjeux scientifiques internationaux — de la régulation de l'intelligence artificielle à la sécurité alimentaire, en passant par les maladies émergentes.

Ensuite, un soutien accru à la mobilité des chercheurs, avec des bourses de recherche véritablement compétitives, pour que les meilleurs talents scientifiques de notre espace ne soient pas contraints de quitter la Francophonie pour trouver les moyens de leurs travaux.

Enfin, une présence francophone coordonnée dans les grandes négociations internationales, pour que nos positions communes pèsent réellement, plutôt que de se disperser en une addition de voix nationales isolées.

Je pense en particulier à la sécurité alimentaire, qui touche directement une large part de notre espace africain, et à la transition écologique, qui exige des solutions adaptées à des réalités climatiques radicalement différentes selon les régions du monde francophone.

Une diplomatie scientifique francophone ne remplacera pas la diplomatie politique. Elle la complétera, en donnant à notre organisation une légitimité supplémentaire : celle de la compétence, au service de causes qui dépassent les clivages habituels entre États.

Le déficit de coordination scientifique francophone se manifeste de manière particulièrement visible dans les grandes conférences internationales sur le climat, où les délégations francophones, bien que nombreuses, interviennent le plus souvent en ordre dispersé, chaque État défendant sa position nationale sans concertation préalable avec ses homologues linguistiques. Cette dispersion affaiblit mécaniquement le poids de nos positions communes, alors même que plusieurs enjeux, comme la préservation des grands bassins forestiers tropicaux, concernent directement plusieurs États francophones à la fois.

Je souhaite que le réseau permanent de chercheurs francophones que je propose ne se limite pas à un cercle de sciences dites dures. Il devrait également inclure les sciences sociales et humaines, en particulier les études africaines, les sciences de l'éducation et les recherches sur les transitions démographiques, des domaines dans lesquels nos chercheurs francophones disposent d'une expertise reconnue mais insuffisamment valorisée dans les grandes instances scientifiques internationales dominées par la production anglophone.

Cette diplomatie scientifique suppose enfin une meilleure reconnaissance mutuelle des qualifications et des travaux de recherche entre nos différents systèmes universitaires, aujourd'hui encore trop cloisonnés par des procédures d'équivalence complexes qui découragent la mobilité des chercheurs, en particulier entre l'Afrique francophone et les autres régions de notre espace.