La jeunesse et l'intelligence artificielle : ne pas subir la révolution numérique, la construire
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Il ne suffit pas de donner à la jeunesse francophone un accès aux outils numériques existants : il faut lui donner les moyens de les concevoir. Je détaille mon ambition pour une jeunesse actrice de la révolution numérique.
J'ai voulu, dans le projet consacré à la transition numérique francophone, insister particulièrement sur un point : il ne suffit pas de donner à notre jeunesse un accès aux outils numériques existants. Il faut lui donner les moyens de devenir pleinement actrice du monde digital, de l'intelligence artificielle et des technologies émergentes.
Cette distinction est essentielle. Un jeune francophone qui apprend simplement à utiliser des outils d'intelligence artificielle conçus ailleurs restera toujours dépendant des choix technologiques, culturels et parfois idéologiques de ceux qui les ont conçus. Un jeune francophone formé à concevoir, entraîner et améliorer ces outils devient, lui, un acteur de la révolution numérique plutôt qu'un simple utilisateur.
Je souhaite que l'OIF investisse massivement dans cette seconde ambition : des filières de formation en intelligence artificielle et en sciences des données accessibles dans l'ensemble de notre espace, et pas seulement dans les grandes métropoles technologiques du Nord.
Je souhaite également que nos jeunes chercheurs et développeurs francophones aient accès à des moyens de calcul et à des financements comparables à ceux dont bénéficient leurs homologues d'autres grandes aires linguistiques, plutôt que de devoir se contenter de miettes technologiques.
Cette ambition rejoint directement la question de nos langues : une intelligence artificielle conçue par des francophones, entraînée sur des corpus francophones incluant nos langues locales, sera naturellement plus fidèle à la diversité de nos réalités qu'une technologie importée et simplement traduite.
Je ne veux pas d'une jeunesse francophone spectatrice de la révolution numérique. Je veux une jeunesse qui la façonne, qui l'oriente, et qui y inscrit sa propre vision du monde. C'est une ambition exigeante. C'est aussi, je crois, la seule à la hauteur de ce que notre jeunesse a déjà démontré, chaque fois qu'on lui en a donné les moyens.
Les filières de formation en intelligence artificielle et en sciences des données restent aujourd'hui concentrées dans un nombre restreint d'universités francophones, principalement situées en Europe et en Amérique du Nord, laissant une large partie de la jeunesse africaine francophone dépendante de formations en ligne dispensées en anglais, avec les difficultés d'accès que cela suppose pour de nombreux étudiants moins à l'aise dans cette langue que dans leur langue de scolarisation habituelle.
Je souhaite que l'OIF soutienne la création de pôles régionaux de formation en intelligence artificielle, répartis dans plusieurs sous-régions de l'espace francophone, en partenariat avec les universités et les centres de recherche déjà existants, plutôt que de concentrer davantage ces ressources dans un nombre limité de grandes métropoles déjà bien dotées. Cette répartition géographique équilibrée constitue, à mes yeux, une condition indispensable pour que la révolution numérique bénéficie réellement à l'ensemble de notre jeunesse.
Cette ambition suppose également de repenser les partenariats entre nos universités et les grandes entreprises technologiques internationales, pour que ces collaborations se traduisent par un véritable transfert de compétences vers nos chercheurs et étudiants locaux, plutôt que par la seule extraction de données ou de talents vers des centres de décision situés hors de notre espace.