La Biennale des Rencontres Interculturelles Francophones : faire du dialogue des cultures une institution

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Une romancière ivoirienne peu distribuée hors d'Afrique de l'Ouest, un réalisateur québécois sans diffuseur en Afrique centrale. C'est à travers ces différentes perspectives que je propose une Biennale des Rencontres Interculturelles Francophones pour mettre fin à ces cloisonnements culturels.

Portez votre regard sur une romancière ivoirienne dont le livre n'est distribué qu'en Afrique de l'Ouest. À un réalisateur québécois dont le film ne trouve pas de diffuseur en Afrique centrale. À une compagnie de danse malgache qui ne s'est jamais produite en Europe francophone. Ces cloisonnements ne sont pas une fatalité. Ils sont le résultat d'une coopération culturelle restée trop occasionnelle et insuffisamment structurée.

Un potentiel n'est pas encore une puissance. Une proximité linguistique n'est pas encore une communauté historique. Voilà, je crois, le paradoxe qui résume le mieux la situation actuelle de notre espace francophone : une richesse humaine et culturelle sans équivalent, mais encore dispersée en initiatives juxtaposées plutôt que reliées entre elles.

Nous avons déjà beaucoup construit. Les programmes de soutien à la création et à la diffusion des œuvres francophones, les dispositifs d'accompagnement des femmes dans les arts et l'entrepreneuriat culturel, les formations à l'édition, le soutien au cinéma et à l'audiovisuel : tout cela constitue un acquis précieux, que je veux préserver et consolider plutôt que renier.

Mais l'addition de bonnes initiatives ne fait pas encore une politique. C'est pourquoi je propose la création d'une Biennale des Rencontres Interculturelles Francophones, un rendez-vous régulier, itinérant d'une région du monde francophone à l'autre, qui ferait de la Francophonie l'un des grands espaces mondiaux de médiation culturelle et de dialogue des mémoires.

Cette Biennale ne serait pas un festival de plus. Elle serait conçue comme une institution : un lieu où les artistes, les chercheurs, les diffuseurs et les décideurs culturels de l'ensemble de notre espace se retrouvent pour bâtir des coproductions, harmoniser des politiques de diffusion, et donner une visibilité mondiale à des œuvres qui, aujourd'hui encore, peinent à circuler au-delà de leur pays d'origine.

La Biennale que je propose aurait vocation à corriger cela : un espace permanent de rencontre, de coproduction et de circulation, construit sur la durée plutôt que sur l'événementiel.

Je crois qu'une langue n'atteint sa pleine grandeur que lorsqu'elle cesse d'être un simple outil de communication pour devenir une architecture de destin commun. C'est cette ambition que je veux donner à notre dialogue des cultures : non plus une juxtaposition de bonnes volontés, mais une véritable communauté de civilisation active.

Le modèle de biennale culturelle itinérante a déjà fait ses preuves dans d'autres régions du monde, où ce format permet de mutualiser les coûts d'organisation entre plusieurs pays hôtes successifs, tout en offrant à chaque édition une identité propre, ancrée dans les spécificités culturelles du pays organisateur. Je souhaite que la Biennale des Rencontres Interculturelles Francophones s'inspire de ces expériences réussies, tout en les adaptant aux réalités logistiques et budgétaires propres à notre espace.

Cette institution devrait, selon moi, comporter un volet spécifiquement dédié aux jeunes créateurs, avec des résidences croisées permettant à des artistes de différents pays francophones de travailler ensemble sur des œuvres communes, plutôt que de se contenter d'une simple juxtaposition de spectacles nationaux lors d'un même événement. C'est par ce travail de création partagée, plus que par la seule programmation d'événements, que se construit durablement un sentiment d'appartenance culturelle commune.

Je souhaite enfin que cette Biennale intègre un marché professionnel structuré, permettant aux diffuseurs, distributeurs et producteurs de l'ensemble de l'espace francophone de conclure des accords concrets de diffusion et de coproduction, plutôt que de limiter l'événement à sa seule dimension festive et symbolique. C'est cette dimension économique, souvent absente des grands rendez-vous culturels francophones existants, qui garantira l'impact durable de cette nouvelle institution.