Haïti et les Caraïbes : le maillon que la Francophonie ne doit pas oublier

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Trop souvent réduite dans le débat international à la seule évocation de ses crises, Haïti demeure pour moi un foyer littéraire et intellectuel dont l'influence dépasse largement les frontières de l'île.

Quand on évoque l'avenir démographique de la Francophonie, on pense presque toujours à l'Afrique. On oublie trop souvent Haïti et l'ensemble de l'espace créolophone et francophone des Caraïbes.

Haïti, première République noire indépendante de l'histoire, entretient avec la Francophonie une relation ancienne et trop souvent réduite, dans le débat international, à la seule évocation de ses crises.

Je refuse cette réduction. Haïti demeure un foyer littéraire et intellectuel francophone d'une richesse considérable, dont l'influence dépasse largement les frontières de l'île.

Les défis économiques, sécuritaires et institutionnels que traverse le pays sont réels et graves. Mais ils ne doivent pas conduire la Francophonie à se retirer d'un espace qui reste pleinement, culturellement et linguistiquement, l'un des siens.

Je souhaite que l'OIF maintienne et renforce son appui aux industries culturelles et à l'éducation en Haïti et dans les Caraïbes francophones, y compris dans les périodes de crise institutionnelle, en s'appuyant sur les réseaux universitaires, associatifs et culturels qui continuent de fonctionner sur le terrain, indépendamment des aléas.

Je souhaite également que la coopération entre Haïti et les autres membres caribéens ou insulaires de l'organisation, comme la Dominique ou Sainte-Lucie, soit davantage structurée, pour que ces États ne soient pas systématiquement pensés isolément, mais comme un ensemble régional cohérent au sein de notre espace.

Une Francophonie qui ne se souvient d'Haïti qu'au moment des catastrophes n'est pas fidèle à ce que cette nation représente pour notre histoire commune. Je m'engage à ce que les Caraïbes francophones occupent, dans mon mandat, une place à la mesure de leur contribution historique et culturelle à notre communauté.

La littérature haïtienne occupe, dans l'histoire des lettres francophones, une place que peu d'espaces de taille comparable peuvent revendiquer, avec une tradition d'écrivains, de poètes et d'essayistes qui ont profondément marqué la pensée francophone du XXᵉ siècle. Cette richesse intellectuelle continue de produire, aujourd'hui encore, une scène littéraire et artistique vivante, malgré des conditions matérielles souvent très difficiles pour les créateurs haïtiens.

Je souhaite que l'OIF soutienne spécifiquement les circuits de diffusion permettant aux œuvres haïtiennes de circuler plus largement dans le reste de l'espace francophone, où elles restent aujourd'hui trop souvent cantonnées à un public de connaisseurs plutôt que largement diffusées auprès du grand public francophone. Cette circulation culturelle constitue, à mes yeux, l'une des formes les plus concrètes de solidarité que notre organisation puisse offrir à ce pays.

Je pense également au rôle particulier que joue le créole haïtien, langue coofficielle du pays aux côtés du français, dans la vie quotidienne de la population. Cette réalité linguistique s'inscrit pleinement dans la conception que je porte d'une Francophonie des langues sœurs, où le créole ne doit jamais être perçu comme un obstacle à la vitalité du français, mais comme une composante à part entière de la richesse linguistique de notre espace commun.