Dakar : l'Afrique doit écrire le prochain chapitre de la Francophonie

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À Dakar, la candidate de la RDC a rencontré le Président Bassirou Diomaye Faye pour évoquer l'avenir démographique de la Francophonie et la nécessité de faire du français un véritable levier professionnel, à l'image de ce que représente aujourd'hui l'anglais.

Il est des rencontres qui permettent de dépasser le cadre d'une campagne pour ouvrir une réflexion plus large. Mon entretien avec Son Excellence le Président Bassirou Diomaye Faye appartient à cette catégorie.

Au Sénégal, nous avons naturellement évoqué ma candidature. Mais nous avons surtout parlé de l'avenir de la Francophonie. Et cet avenir, tout comme je l'ai évoqué dans toutes les capitales africaines que j'ai visité, s'écrit déjà en Afrique.

Les chiffres sont connus. Ils sont pourtant encore insuffisamment intégrés dans notre manière de penser notre organisation. L'Afrique accueillera, dans les prochaines décennies, l'immense majorité des francophones de la planète. Un espace qui pourrait dépasser sept cents millions de locuteurs à l'horizon 2050.

Cette évolution constitue l'une des plus profondes transformations de l'histoire de la langue française. Elle ne représente pas uniquement un défi démographique. Elle ouvre une formidable opportunité économique, scientifique, culturelle et diplomatique.

Encore faut-il préparer cette transition. Je suis convaincue que la Francophonie doit devenir le premier espace mondial d'accompagnement de la jeunesse francophone.

Nous devons mieux connecter nos universités. Favoriser les doubles diplômes. Créer davantage de passerelles entre la recherche et les entreprises. Accompagner les jeunes entrepreneurs. Développer les industries culturelles et créatives et investir dans les compétences numériques pour créer des réseaux d'innovation francophones.

Notre langue commune doit devenir un avantage compétitif. Elle doit faciliter la circulation des idées, des investissements, des talents et des projets.

C'est cette vision que j'ai partagée à Dakar. Le Sénégal occupe depuis longtemps une place importante dans la construction de l'identité de notre organisation. Son expérience en matière de gouvernance, d'enseignement supérieur abouti, de diplomatie et de dialogue régional nourrit utilement cette réflexion collective que je porte dans ma vision.

Nos échanges ont confirmé que de nombreux États membres souhaitent aujourd'hui une organisation davantage tournée vers les résultats qui reflètent à la fois leurs attentes, leurs convictions et les défis actuels. Une Francophonie capable d'accompagner les politiques publiques, mais également les entreprises, les universités, les collectivités, les chercheurs, les artistes et les innovateurs, cesse d'être un simple club réunissant des amoureux d'une langue, pour devenir des acteurs qui contribuent par cette langue, à créer des débouchés pour ses locuteurs, à l'instar de l'anglais qui s'est au fil des années, imposé même dans nos pays francophones, comme une compétence-clé pour la réussite professionnelle et l'emploi.

Je crois que le prochain chapitre de la Francophonie ne sera pas écrit par une seule région du monde. Il sera écrit par une communauté qui aura appris à mieux mettre en commun ses compétences pour valoriser cette langue en lui donnant une orientation qui lui permettra de se positionner comme une langue pivot pour les prochaines décennies.

L'Afrique y prendra toute sa place. Non parce du simple fait de l'argument démographique, mais parce qu'elle entend également contribuer à son avenir intellectuel, économique et politique.

Le Sénégal occupe, dans mon parcours de campagne, une place particulière : celle d'un pays dont le système d'enseignement supérieur francophone reste une référence pour une large partie de l'Afrique de l'Ouest, et dont les universités continuent de former des cadres appelés à occuper des responsabilités dans toute la sous-région. Cette réalité a nourri nos échanges sur la nécessité de mieux connecter les grandes universités francophones entre elles, pour que la mobilité étudiante ne se limite plus aux seuls partenariats historiques avec l'Europe.

Nous avons également évoqué la question spécifique des compétences numériques, un secteur dans lequel Dakar s'est imposée ces dernières années comme l'un des pôles technologiques francophones les plus dynamiques d'Afrique de l'Ouest, avec une multiplication des incubateurs et des écoles de code. Cette dynamique confirme, à mes yeux, qu'il existe déjà, sur le continent, les ingrédients d'un écosystème francophone de l'innovation : il manque encore la mise en réseau institutionnelle capable de relier ces pôles entre eux plutôt que de les laisser se développer isolément, pays par pays.

Ce déplacement à Dakar a renforcé une conviction que je porte depuis le début de cette campagne : la valorisation économique du français ne se décrétera pas depuis Paris ou Bruxelles. Elle se construira depuis les capitales africaines qui concentrent déjà la majorité des nouveaux locuteurs, à condition que l'OIF leur donne les outils et la reconnaissance institutionnelle que cette réalité démographique appelle.