Coproduire plutôt qu'importer : pour une industrie francophone commune
Date Published
Des matières premières qui partent, des produits finis qui reviennent : je veux inverser cette logique à sens unique en encourageant la coproduction industrielle entre nations francophones.
Trop souvent, la coopération économique au sein de notre espace se résume à un mouvement à sens unique : des matières premières qui partent d'un côté, des produits finis qui reviennent de l'autre, sans que la valeur ajoutée de la transformation profite véritablement aux pays d'origine des ressources.
Je veux inverser cette logique. Je propose que la Francophonie encourage activement la coproduction industrielle entre ses membres, plutôt que la simple importation de biens finis conçus ailleurs.
Cela suppose de faciliter les partenariats entre entreprises francophones de différents pays, pour que la transformation d'une ressource se fasse, autant que possible, au sein même de notre espace, en répartissant équitablement la valeur créée entre les différentes étapes de la chaîne.
Cela suppose aussi de soutenir les industries culturelles selon la même logique : plutôt que d'importer massivement des contenus audiovisuels ou numériques produits hors de notre espace, encourager les coproductions entre studios francophones, comme ceux qui existent aujourd'hui à Kinshasa, à Dakar, à Montréal ou à Bruxelles, pour construire une offre de contenus véritablement représentative de notre diversité.
Cette ambition rejoint directement mon expérience professionnelle : j'ai vu, pendant les années où j'ai dirigé une organisation économique panafricaine, combien la fragmentation de nos marchés freinait l'émergence d'industries véritablement compétitives à l'échelle internationale.
Une Francophonie de la coproduction ne remplacera pas les échanges avec le reste du monde. Mais elle donnerait à nos entreprises, nos créateurs et nos ingénieurs un marché intérieur suffisamment vaste pour se développer avant d'affronter la concurrence mondiale, plutôt que de devoir s'y confronter isolément, pays par pays, dès leurs premiers pas.
C'est cette solidarité entrepreneuriale, fondée sur la complémentarité plutôt que sur la dépendance, que je veux construire au service de l'ensemble de notre communauté.
Cette logique de coproduction que je défends s'appuie sur des exemples déjà existants, quoique encore trop rares, de partenariats industriels réussis entre entreprises francophones de différents continents. Ces cas de réussite démontrent qu'il ne s'agit pas d'une ambition théorique, mais d'un modèle économique viable, à condition de bénéficier d'un accompagnement institutionnel suffisant pour surmonter les obstacles réglementaires, logistiques et financiers qui freinent aujourd'hui leur multiplication.
Je souhaite que l'OIF facilite la mise en relation entre porteurs de projets industriels francophones à travers une plateforme dédiée, recensant les capacités de production, les besoins d'approvisionnement et les compétences disponibles dans chaque pays membre, pour que les opportunités de coproduction ne dépendent plus uniquement de rencontres informelles ou de réseaux personnels préexistants, mais d'une information structurée et accessible à l'ensemble des entrepreneurs de notre espace.
Cette ambition industrielle rejoint directement la question de la formation professionnelle : la coproduction suppose des compétences techniques comparables d'un pays à l'autre, ce qui implique un effort d'harmonisation des référentiels de formation professionnelle au sein de notre espace, aujourd'hui encore très hétérogènes d'un État membre à l'autre, au détriment de la fluidité des partenariats industriels transfrontaliers que je souhaite encourager.