Conakry : la mémoire n'a de sens que si elle éclaire l'avenir
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En Guinée, terre de refuge de sa famille après l'assassinat de Patrice Emery Lumumba, la candidate a été reçue par le ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté, représentant le Président Mamadi Doumbouya, pour un déplacement à la portée à la fois diplomatique et personnelle.
Il existe des lieux où l'histoire n'est jamais très loin. Conakry est de ceux-là.
Pour beaucoup, cette étape de ma campagne revêt une portée diplomatique. Pour moi, elle possède également une dimension profondément personnelle. C'est en Guinée que ma famille trouva refuge après l'assassinat de Patrice Emery Lumumba. Pendant de longues années, ce pays nous offrit bien plus qu'un asile : il nous offrit la possibilité de préserver une mémoire et de continuer à croire en l'avenir de l'Afrique.
J'ai eu l'honneur d'être reçue par Son Excellence le Dr Morissanda Kouyaté, ministre des Affaires étrangères, représentant le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya. Cette rencontre a permis de présenter officiellement la candidature de la République démocratique du Congo au Secrétariat général de l'Organisation internationale de la Francophonie.
Mais je ne souhaitais pas que cette visite soit uniquement tournée vers le passé. La mémoire est essentielle. Elle nous rappelle d'où nous venons. Elle éclaire les valeurs qui nous rassemblent. Elle nourrit notre identité. Mais elle ne suffit pas. Elle doit devenir une responsabilité.
Aujourd'hui, notre génération est confrontée à d'autres combats. Ils ne portent plus sur les indépendances politiques. Ils concernent la souveraineté numérique, la qualité de l'éducation, l'accès au savoir, la compétitivité de nos économies, la transition écologique, l'intelligence artificielle et la capacité de nos jeunesses à prendre toute leur place dans le monde.
La Francophonie doit être présente sur chacun de ces sujets. Elle ne peut demeurer spectatrice alors que se dessinent les équilibres du XXIᵉ siècle.
Je souhaite une organisation capable de rapprocher les universités francophones, de soutenir la recherche scientifique, de promouvoir les industries culturelles, d'accompagner les entrepreneurs et de défendre la diversité linguistique dans l'univers numérique.
La langue française constitue un formidable patrimoine. Mais elle ne restera vivante que si elle demeure une langue de création, d'innovation, de recherche et d'opportunités.
À Conakry, j'ai retrouvé cette même aspiration à bâtir une Afrique qui ne soit plus uniquement regardée pour son histoire, mais également reconnue pour sa capacité à proposer des solutions.
Je remercie les autorités guinéennes pour leur accueil chaleureux et pour l'attention portée à cette vision d'une Francophonie tournée vers l'avenir. Les liens qui unissent nos deux pays trouvent leur origine dans une histoire commune. Je souhaite qu'ils s'enrichissent désormais d'une ambition partagée : construire une Francophonie qui prépare les générations futures à relever les défis de leur temps.
La Guinée a occupé, dans l'histoire de ma famille, une place que peu de pays africains peuvent revendiquer : celle d'une terre d'accueil au moment où elle en avait le plus besoin, dans les années qui ont suivi l'assassinat de mon père. Cette solidarité, portée à l'époque par le Président Ahmed Sékou Touré, s'inscrit dans une tradition panafricaine de refuge et d'entraide entre nations nouvellement indépendantes, dont peu d'archives institutionnelles gardent aujourd'hui la mémoire précise, mais dont l'héritage humain demeure vivace dans nos deux pays.
Au-delà de cette dimension personnelle, nos échanges à Conakry ont porté sur les enjeux propres à l'Afrique de l'Ouest francophone : la sécurité alimentaire, la formation professionnelle d'une jeunesse nombreuse, et la nécessité de mieux connecter les instituts de recherche guinéens aux réseaux scientifiques francophones internationaux, aujourd'hui encore trop concentrés sur un nombre restreint de capitales.
Cette visite m'a aussi permis de mesurer combien la mémoire des solidarités passées reste un ciment puissant entre nos nations, à condition de ne pas la laisser devenir un exercice de commémoration sans suite. C'est cette exigence de transformer la mémoire en engagement concret pour l'avenir que je veux porter, non seulement dans ma relation avec la Guinée, mais dans l'ensemble de la politique de coopération que je souhaite pour l'OIF.