Chaînes de valeur partagées : vers une communauté de puissance économique francophone
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Nos économies francophones commercent davantage avec le reste du monde qu'entre elles. En tant qu'ancienne dirigeante d'une chambre de commerce panafricaine, je propose d'inverser ce paradoxe par la coproduction industrielle.
Un paradoxe que peu d'organisations internationales osent affronter frontalement, et que je veux placer au cœur de mon mandat si les États membres m'accordent leur confiance.

Nous parlons souvent de solidarité francophone en matière culturelle ou éducative. Nous en parlons trop peu en matière industrielle et commerciale. Pourtant, notre espace réunit des complémentarités économiques exceptionnelles : des matières premières et une jeunesse nombreuse en Afrique, une expertise industrielle et financière en Europe et en Amérique du Nord, des savoir-faire technologiques en plein essor au Maghreb et en Asie du Sud-Est francophone.
Je propose que l'OIF devienne l'artisan actif d'une véritable intégration économique intrafrancophone, fondée sur la coproduction industrielle plutôt que sur la simple exportation de matières premières, sur la solidarité entrepreneuriale plutôt que sur la concurrence non coordonnée, et sur la construction de chaînes de valeur partagées entre nations francophones.
Concrètement, cela signifie encourager qu'un textile conçu au Bénin soit transformé au Maroc et distribué au Québec sous une marque commune francophone. Que les technologies agricoles développées en France ou en Belgique soient adaptées et industrialisées en partenariat avec des entreprises congolaises ou sénégalaises, plutôt que simplement vendues clé en main.
Cela signifie aussi mettre en réseau nos chambres de commerce, dont j'ai personnellement dirigé l'une des plus importantes pendant huit ans depuis Le Caire, pour qu'elles cessent de fonctionner en silos nationaux et deviennent les catalyseurs d'une véritable communauté d'affaires francophone.
Une langue commune réduit les coûts de négociation, facilite la compréhension des cadres juridiques, accélère la confiance entre partenaires. Ce sont des atouts économiques concrets, que nous laissons aujourd'hui largement en friche.
Je ne propose pas de transformer la Francophonie en zone de libre-échange au sens classique. Je propose d'en faire une communauté de puissance économique transcontinentale, où la complémentarité de nos économies devient enfin un projet assumé plutôt qu'une opportunité manquée.
Les données du commerce intrafrancophone, aussi incomplètes soient-elles dans les statistiques internationales actuelles, confirment ce paradoxe : nos économies échangent proportionnellement moins entre elles qu'avec des partenaires extérieurs à notre espace linguistique, alors même que la proximité juridique et linguistique devrait, en théorie, faciliter ces échanges plutôt que les freiner. Cette situation résulte largement d'un manque d'infrastructures logistiques et financières communes, plus que d'un manque de volonté entrepreneuriale.
Je souhaite que l'OIF joue un rôle actif dans le développement de plateformes logistiques régionales facilitant les échanges intrafrancophones, en particulier entre l'Afrique et les autres régions de notre espace, où les coûts de transport et les délais douaniers demeurent aujourd'hui parmi les plus élevés au monde. Sans cette attention portée aux infrastructures concrètes, les meilleures intentions de coopération économique resteront des déclarations sans effet sur le terrain.
Cette ambition de coproduction industrielle suppose également un accompagnement spécifique des petites entreprises, souvent les plus dynamiques mais les moins outillées pour naviguer dans des partenariats internationaux complexes. Je propose que l'OIF développe, en lien avec les réseaux de chambres de commerce francophones, des programmes de mentorat entrepreneurial transfrontalier, permettant à une entreprise congolaise, par exemple, de bénéficier de l'expérience d'un partenaire marocain ou québécois déjà engagé sur des marchés internationaux.